Elle a su trouver les mots. Ceux que je n'osais pas formuler, ceux auxquels il pensait, j'en suis sure. ....... ........... Merci.
" Ils vont m'ouvrir le c½ur. Mon c½ur, celui qui me tient en vie, en qui j'avais confiance avant même de constituer mon premier souvenir. Ils vont bidouiller, observer, nettoyer, comme l'horloger qui souffle sur un rouage pour enlever la poussière qui empêche l'aiguille des secondes de tourner. S'il souffle mal, si le rouage dérape, la Terre tournera sans moi. Etre nu devant ces gens ça me gène moins que de les voir trancher mon organe sentimental. Ils ont déjà tout vu, ma structure sur des radios, ma peau fine et mes veines bleuies, des centimètres carrés d'intimité et aujourd'hui ils vont s'attaquer à ce que j'ai toujours eu la possibilité de cacher à tout le monde. Mon c½ur fissuré, celui que j'ai voulu arrêter plusieurs fois, aujourd'hui je voudrais le doper, je m'excuse pour les jours où je ne lui ai pas fait confiance, je le supplie de ne pas me lâcher. Je n'arrive pas à réaliser qu'il risque de s'arrêter, je ne conçois pas qu'il ait faibli, je le savais fragile et abimé par l'expérience, mais pourtant je le croyais imbattable. Il était invisible aux yeux du monde, j'étais le seul à y promener mes pensées, quelques proches ont collé leurs oreilles contre ses murs pour l'entendre murmurer ce que je n'arrivais pas à dire, et aujourd'hui de grands doigts vont faire une brèche dans la forteresse à coup de scalpel.
Je rougis de savoir ce qu'ils vont abîmer inconsciemment. Ils trouveront des cicatrices, des prénoms marqués au crayon de papier, effacés avec la gomme du temps qui marche parfois mal, puis d'autres gravés à coup de promesses dans mes tissus. Ils font partis de moi. Ils vont trouver quelques images que je gardais au chaud, ils vont égratigner mon sixième sens, je me demande si j'arriverai à ressentir les mêmes choses demain. Mes pulsions, la débâcle contradictoire que je passais des nuits à essayer de démêler. Est-ce qu'accidentellement un lien ne sera pas coupé, est ce qu'ils ne vont pas déchirer un sentiment, rayer une amitié, est ce que j'aimerai encore ma femme demain ? Vous me direz docteur, s'il est de pierre ou d'artichaut...
Peut-être qu'il n'y aura pas de demain. On va me fermer les yeux, et peut être que le destin et ses humeurs vont mettre des cadenas dessus. C'est une sensation bizarre.
Nettoyez-le un peu ce c½ur si vous tenez à le triturer. Enlevez les regrets qui le ralentissent, et neutralisez la jalousie, cette rouille qui ronge les sourires qu'on se donne d'habitude, mettez dehors le chagrin qui alourdi mais ne froissez pas les ailes que m'ont donné certains mots. Sortez mes incertitudes, enlevez la cette maladie qui inquiète mes proches, qu'on n'en parle plus, mais surtout réveillez-moi dans quelques heures, parce que j'ai oublié d'aller prendre quelqu'un dans mes bras. Je pense à toutes les choses que je n'ai pas pris le temps de dire, ou pas assez, avant d'être allongé là. La première, c'est « je t'aime ». A l'instant où je pense je voudrais me concentrer très fort pour envoyer des bouquets de mots qui font sourire à ceux qui habitent dans mon c½ur, je voudrais qu'ils sachent tout. Je veux tendre un mouchoir à la jeune fille qui pleure en essayant de ne pas penser à moi en ce moment, à ceux qui savent garder le silence mais qui ressentent beaucoup. Je voudrais que si mon c½ur lâche, il explose de toutes ces choses qu'il n'arrivait pas à exprimer au quotidien. Il faut que je dise ce que j'ai dessus à ceux qui sont dedans, je réalise que c'est un impératif. Je fais la liste de tout ce que j'ai oublié, je me fais des promesses il est hors de question que je n'ouvre pas les yeux dans les prochaines heures. Je ne sais pas si mon c½ur sait qu'il risque de s'arrêter, peut-être qu'il le veut, ça l'arrange de dormir après toute ces années. Il bat vite, et fort, je me sens trembler nerveusement, un peu comme avant de rentrer en scène pour parler devant des tas de gens, il va bégayer, peu m'importe tant qu'il ne reste pas muet. "
Maëlle F.